Les événements du CRTD

Pierre Falzon nous présente La Fabrique de l'ergonomie

24 janvier 2019
25 janvier 2019

Cnam
292, rue Saint-Martin
Paris 3ème
Amphithéâtre Gaston Planté
Cette année La Fabrique de l'ergonomie, le séminaire annuel - ouvert à toutes tous - du Centre de recherche sur le travail et le développement aura pour thème : Les objets et les formes de l'action. Rencontre avec Pierre Falzon, organisateur de l'événement.

Les 24 et 25 Janvier prochains se déroulera la 3ème édition du séminaire de la Fabrique de l’Ergonomie. Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a motivé pour créer cet événement annuel ?

En fait, il y a bien longtemps que nous aurions dû mettre en place ce séminaire. Le Cnam est, depuis des années, un des lieux importants, en France, de l’enseignement et de la recherche en ergonomie. D’autres manifestations existent, à Bordeaux, à Paris 1, à Orsay. Une manifestation annuelle de l’équipe du Cnam s’imposait. La spécificité de la Fabrique de l’Ergonomie est de s’intéresser aux différentes sources d’évolution de la discipline : la recherche et la pratique bien sûr, mais aussi l’enseignement. Les enseignants, par leurs choix de contenus et de pédagogie, contribuent à la formation des ergonomes et, au-delà, à la fabrique de la discipline.

Quelles sont vos attentes au sujet de cette nouvelle édition qui portera cette fois sur les « objets et formes de l’action » ? A quels enjeux pour les SHS répond cette édition ?

Les ergonomes interviennent aujourd’hui dans des contextes et sous des statuts variés. Dans la conception des produits et des services et dans la transformation des situations de travail, et ce depuis longtemps. Mais l’éventail des objets sur lesquels ils interviennent s’est élargi, allant de plus en plus vers l’amont de la conception et vers l’organisation elle-même, le travail des gestionnaires et des managers. Par ailleurs, les structures qui emploient des ergonomes se sont diversifiées, notamment via le développement des services de santé au travail.

Ces changements transforment et enrichissent le travail des ergonomes. Un des enjeux du moment concerne, à mon sens, le rôle de l’ergonome en tant que contributeur à l’élaboration de solutions ou de préconisations. Du fait de sa connaissance du travail réel, l’ergonome est à même de faciliter la compréhension des situations et d’orienter le choix de solutions. Il n’est pas seulement celui qui met en place une démarche participative.

Organisé depuis 2017, les deux premières thématiques ont porté sur le « Travail futur, travail du futur : Accompagner les transitions » puis sur la dimension développementale du Travail, quel bilan en dressez-vous jusqu’à présent ?

Une évaluation a été faite chaque année, par questionnaire auprès des participants. Les retours ont été très positifs en ce qui concerne l’intérêt des contributions, jugées très stimulantes. Je pense que nous arrivons à tenir notre ambition initiale d’articulation entre recherche, pratique et enseignement. Nous souhaitons continuer à donner la parole à des collègues d’autres disciplines (sociologie et gestion notamment) et à des praticiens ou à des acteurs sociaux. Nous tentons cette année une ouverture internationale. Nous voulons donner plus de place à l’échange entre les orateurs et la salle et à l’échange entre participants et nous avons donc limité le nombre des contributions à la Fabrique 2019.

Sur le fond, le choix des thématiques doit prendre en compte d’une part des enjeux sociaux et économiques, d’autre part des enjeux internes à la discipline. Ces enjeux ne sont bien sûr pas indépendants. Le thème de l’édition 2017 visait plutôt des évolutions sociotechniques et organisationnelles. Le thème de cette année considère plutôt les enjeux internes.

Vous venez d’achever une étape de votre carrière au poste de professeur titulaire de la chaire historique d’ergonomie du Cnam. Selon vous, quels sont les futurs enjeux de la discipline ? Quels seront les défis à relever pour votre successeur dans le cadre de ce séminaire ?

L’enjeu qui a été majeur pour moi était de tenir l’unité de la discipline. Son développement, sa diversification, pouvaient amener à un éclatement en sous-communautés plus ou moins étanches, finissant par ne plus se croiser, ne plus se parler. Or je pense que la discipline doit rester une, notamment en maintenant ce qui fait sa spécificité : la volonté de tenir simultanément des enjeux de santé et de performance. Ce qui suppose, pour chacun, d’avoir une vision claire de ce qu’il entend par santé et par performance dans son champ de pratique.

En ce qui concerne le futur, c’est à la personne qui me succèdera de définir les défis qu’elle juge primordiaux. Pour ma part, je crois que la poursuite du développement de l’ergonomie demandera une ouverture accrue vers d’autres disciplines et d’autres pratiques : dans les champs de la technologie, de la gestion, des politiques publiques, en prenant en compte les enjeux de soutenabilité humaine, sociale et environnementale.

J’y ajoute un dernier point. L’ergonomie française a un rang à tenir dans la communauté internationale, qui nous observe. Notre histoire nous a donné des caractéristiques particulières, notamment la place donnée au travail réel et à son analyse, la volonté de formalisation des dispositifs d’intervention, une vision émancipatrice du travail et le lien très fort (et tout à fait singulier) entre enseignement, recherche et pratique. Soyons conscients de ces atouts et faisons mieux connaître ce que nous sommes et ce à quoi nous croyons.