« Pourquoi les entreprises doivent se mettre à l’éthique ?  (Part 2)

 

A cette professionnalisation du lobbying* éthique répond celle des entreprises. Elle se traduit le plus souvent par la rédaction d’une charte d’éthique. Ce code de bonne conduite récapitule les comportements à adopter ou les interdits « C’est une version corrigée des dix commandements » commente un déontologue. Disney a ainsi rédigé sa charte en 1997, sur les conditions de travail chez les sous-traitants « Ce sont les actionnaires qui ont évoqué le sujet en assemblée générale et nous ont demandé de bâtir un code de bonne conduite » . D’où la création d’une charte qui fixe les règles strictes aux sous-traitants de la compagnie américaine : interdiction des châtiments corporels, obligation d’avoir des locaux salubres et non dangereux, impossibilité de recourir au travail des enfants, etc. La charte éthique va de pair avec la nomination de déontologues. Personnalités extérieures ou cadres de la société, leur mission est à la fois de veiller au respect de la charte et d’informer les salariés. Et de répondre à leurs demandes éventuelles. Selon les estimations du cercle européen des déontologues 150 à 200 grandes entreprises françaises ont aujourd’hui un tel monsieur Vertu. La Lyonnaise des Eaux Suez (Suez) qui fut au centre d’affaires de corruption entre 1995 et 1999 a mis les bouchées doubles. Depuis 1997 le groupe compte, répartis dans 17 pays une quarantaine de déontologues. Ils ont même tenu leur premier congrès en juin. « Dès qu’un salarié rencontre une difficulté, il peut prendre contact avec l’un deux ». Le dispositif peut aussi se doubler d’un système de veille, comme chez Total Fina Elf où quatre salariés surveillent sur le web l’apparition éventuelle de nouveaux foyers de contestation du groupe.

 

Mais les entreprises se donnent-elles réellement tous les moyens de faire respecter leur charte ? « Comment peut-on demander à la fois à un cadre travaillant dans un secteur sensible d’être inattaquable au plan de l’éthique et lui fixer des objectifs de progression du chiffre d’affaires très ambitieux ? » « les entreprises devraient aussi intégrer ces dimensions éthiques dans les critères d’évaluation des salariés exposés aux dérives éventuelles, à savoir ceux qui négocient avec les sous-traitants, passent des contrats avec des clients… »

Plus question de rester sourd aux questions des médias et des ONG sous peine d’aiguiser la critique. Cette communication est variable selon des sociétés. En 1998, Monsanto a dépensé en France près de 2,3 millions d’euros pour une campagne de publicité dans la presse à vocation pédagogique : expliquer ce que sont des OGM. Pour un résultat décevant « 25% des personnes interrogées ont estimés que la campagne était mensongère » . Le groupe a décidé de faire profil bas. Plus de communication offensive, Monsanto se contentant de répondre aux demandes qui lui sont adressées. En revanche, elle a sélectionné depuis un an une centaine de relais d’opinion auxquels elle transmet des informations et qu’elle interroge régulièrement afin de savoir comment ils réagissent face aux OGM.

De même Monique Amaudry, directrice de la communication institutionnelle pour l’Europe de Disney, détaille longuement l’ensemble de son dispositif notamment en faisant régulièrement procéder à des audits éthiques. Mais impossible de connaître de nom d’un fabricant rappelé à l’ordre ni même le nombre de contrats rompus pour cause de non-respect de la charte « Nous de le pouvons pas, sachant que d’autres groupes travaillent aussi avec ces sous-traitants ». Pas question non plus de divulguer la liste des cabinets d‘audits travaillant pour Disney. Pourtant cela ne suffit pas. Nike en a fait l’expérience . De 1992 à 1997 le fabricant de chaussures a mis l’accent sur les outils de contrôle de ses sous-traitants indonésiens. Mais ce n’était pas assez. Actionnaires, ONG, et surtout salariés en demandent plus « Ils veulent avoir connaissance de faits concrets et être informés des plans d’action, sinon ils ne nous croient pas ».La marque américaine a ainsi franchi un nouveau cap en février 2001 en publiant un rapport réalisé par l’ONG Global Alliance et consacré aux conditions de travail dans les usines indonésiennes. Et les salariés ont été informés de son contenu en avant première. Comme le fit Total Fina Elf après la marée noire de l’Erika en diffusant un kit (livret vidéo) expliquant la mission Littoral Atlantique créée par le groupe « Ils étaient d’autant plus intéressés que bien des salariés ont aussi leur maison en Bretagne. Nous répondons systématiquement à toutes les demandes des journalistes et des associations, quelle que soit leur audience ».

Reste que se protéger contre tous les risques n’est pas un exercice facile. Comment en effet s‘assurer que tous les partenaires de l’entreprise, dirigeants, employés , clients, fournisseurs, appliquent les règles fixées ? Nous faisons travailler 5000 sous-traitants au niveau mondial, il est évident qu’il nous est impossible d’envoyer un salarié Disney chez chacun d’entre eux. Même écho chez Leclerc, épinglé pour avoir vendu des chaussures confectionnées par des enfants cambodgiens « Nous avons un cahier des charges drastique vis-à-vis de nos fournisseurs . Mais avec plus de 80 000 références pour un hypermarché, il peut se glisser un produit acheté chez un importateur ponctuel qui ne respecte pas les clauses imposées ».

 

Figéco 10/09/01

 

Questions

1 Définir les mots soulignés dans ce contexte

2 * Le lobbying est-il répréhensible ?

3 Quelles sont les contraintes qui s’appliquent aux entreprises ?

4 Quelles actions volontaires peuvent mener les entreprises pour répondre à ces contraintes ?

 

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