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Tolkien et les sciences

Tolkien et les sciences

18 avril 2020

Pourquoi certains récits de science-fiction ou de fantasy nous parlent-ils plus que d’autres ? Comment peut-on expliquer le succès des littératures de l’imaginaire peuplées de robots imposteurs, de vaisseaux intergalactiques et d’extraterrestres belliqueux pour les uns, de contrées merveilleuses, de créatures surnaturelles et de quêtes fabuleuses pour les autres ?

Tolkien et les sciences Et si c’était tout simplement parce que leurs autrices et auteurs faisaient appel autant aux sciences qu’à leur imagination et qu’ils maniaient avec pertinence leurs connaissances scientifiques ou techniques afin que leur histoire reste malgré tout plausible? Afin que leur récit puisse s’ancrer dans des mondes parallèles qui ne sont en définitive, dans leurs principes de construction et de fonctionnement, pas si éloignés que ça du nôtre?

Prenons par exemple l’auteur du Hobbit (1937) et du Seigneur des anneaux (1954-1955). On connaît bien l’œuvre de John Ronald Reuel Tolkien, créateur d'une Terre du Milieu peuplée d’elfes, de hobbits et de nains, qui a donné ses lettres de noblesse à la fantasy. On connaît en revanche beaucoup moins son amour pour notre planète, son plaisir à contempler la nature, notamment les arbres, les fleurs et les oiseaux, son intérêt pour la science ou ses recherches documentaires qui seront pourtant le terreau fertile de son œuvre littéraire. En 1966, dans une interview d’Henry Resnick, ne dévoilait-il pas que les origines de son inspiration, que «le fondement de la Terre du Milieu, c’est l’émerveillement et la joie que me donne la terre telle qu’elle est, particulièrement la terre naturelle»?

Professeur d’université à Oxford, philologue et poète, John Ronald Reuel Tolkien s’intéresse en effet autant aux sciences humaines que physiques ou naturelles. Et ce sont bien la géologie, la paléontologie, l’archéologie, la chimie ou la botanique, sa connaissance de la faune, de la flore, des courants marins, des volcans... qui l’inspireront pour façonner l’univers géographique et physique de ses romans comme les éléments, la végétation et les êtres vivants qui les peupleront. Une sorte de décor ancré dans le réel pour des aventures légendaires où des créatures imaginaires se meuvent, s’expriment et interagissent de façon acceptable et compréhensible pour le lecteur dans un monde pourtant purement fictionnel. Si bien que souvent considérées comme un genre mineur, les littératures de l’imaginaire sont aussi un lieu de rencontre entre la science, la technique et un large public. Elles participent, comme la bande dessinée ou les jeux vidéo, à une mission d’accessibilité des sciences au plus grand nombre et à la diversification des moyens de diffusion des savoirs scientifiques et techniques.

Pour preuve, des scientifiques soulignent aujourd’hui encore l’exemplarité des mondes comme des créatures fantastiques de l’œuvre de Tolkien et s’en servent comme point de départ à des démonstrations scientifiques. De quelle manière l’anatomie du pied du hobbit lui donne des attributs essentiels à sa survie? Comment la langue des elfes a-t-elle été créée? En quoi la vision exceptionnelle des elfes et des aigles peut-elle être l’occasion de parler de la physiologie de l’œil ? Pourquoi les étranges ents, esprits de la forêt, mi-plantes mi-êtres humains, sont-ils un excellent point de départ pour évoquer la taxinomie?

Pour répondre à toutes ces questions, et plonger dans une présentation de la Terre du Milieu au prisme de la science, le Musée des arts et métiers avait invité Roland Lehoucq, astrophysicien au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergie alternatives (CEA) et président des Utopiales, festival de science-fiction de Nantes, et Loïc Mangin, journaliste au magazine Pour La Science.

Ariane Batou-To Van & Yvan Boude

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