Vers un travail sans le corps ?

Code UE : PSY204

  • Cours
  • 4 crédits

Responsable(s)

Eric HAMRAOUI

Public et conditions d'accès

Une formation théorique de base (niveau master 1) dans le champ des sciences humaines ou de la santé est requise pour suivre cet enseignement.

Objectifs pédagogiques

Description :
L'objet du présent enseignement est principalement celui d'une confrontation de la conception actuelle du corps au travail comme instrument à celle de son irréductible complexité vivante mise en lumière par les courants philosophiques issus de la tradition phénoménologique (Husserl, Merleau-Ponty et Michel Henry) ou pré-phénoménologique (Maine de Biran). L'enjeu étant la compréhension de la promotion d'un "management désincarné" (Dujarier) croyant pouvoir se passer des ressources de la vie du corps sensible et pensant.
Contact : eric.hamraoui@lecnam.net

Compétences visées

Cet enseignement requiert la possession d'une formation théorique de base (niveau master 1) dans le champ des sciences humaines ou de la santé. Une formation post-baccalauréat en philosophie n'est pas requise pour s'inscrire à ce cours.

Contenu

La sensibilité au destin du monde découlant de l’expérience du courage (celle d’une tension psychique et corporelle entre unité de la raison et bouillonnement du cœur) constitue un prisme d’appréciation possible de l’enjeu anthropologique de l’évolution de l’organisation du travail vers la « désincarnation » (Dujarier, 2015) de celui-ci. Cet enjeu peut être défini en termes de changement de l’importance accordée à l’idée de complexité vivante en laquelle consiste l’être humain, que le taylorisme, cherchant à implanter la rationalité scientifique dans le corps (Musso, 2017), s’est ingénié à domestiquer. Sous couvert d’aider l’individu « autonome » à s’affranchir des limitations de son corps à travers la recherche d’une augmentation de sa vitalité (Hamraoui, 2014), la nouvelle organisation du travail le prive, quant à elle, de tout rapport sensible à lui. Elle ignore la nécessité, mise en lumière par la philosophie de Maine de Biran (1766-1824), d’un contact de l’esprit avec la zone du sentiment – originellement constitué par les synthèses passives produites par les flux d’impressions, d’affections et de sensations qui nous traversent – condition de son affinement (Bégout, 1995). Contact en l’absence duquel l’esprit se brutalise. La nouvelle organisation du travail ignore par ailleurs la distinction sans séparation, elle aussi établie par Biran, entre la vie physiologique, ou domaine de la seule vitalité des fonctions organiques, et la vie de la pensée, ou sphère de la « vie active », en réduisant la compréhension des lois de la seconde à celle des automatismes de la première. Elle méconnaît enfin l’influence de l’habitude – discréditée en soi – sur la faculté de pensée : « … quelquefois, dit à ce sujet Biran dans son Journal (28 janvier - 2 février 1816), mon cerveau se monte par suite de ses anciennes habitudes et aux heures de travail accoutumées ; je commence quelque chose et je sens le besoin organique de penser, de travailler d’esprit, comme on sent à certaines heures le besoin de manger. » Or, ce caractère « habitué », mais toutefois non programmable de la pensée, qui relève du « temps du moi » (Bégout, 2005), demeure incompatible avec les règles d’un management ignorant les singularité de l’agir humain (Deslandes, 2016) et la fonction anthropologique du travail supposant l’engagement du corps, ainsi définie par l’ergonome Pierre Cazamian (2009), lecteur de Biran : « Le concept, spécifiquement humain, de travail introduit une stratégie de conquête du monde extérieur qui, par le jeu du contradictoire, substitue une combativité et une créativité entièrement originale. [De sorte que l’] acte qui, rencontrant une résistance imprévue, échoue à maîtriser un obstacle, retourne à son auteur, se réfléchit en lui, l’instruit par cet échec même et l’incite à recomposer dans son imaginaire les données du problème pour inventer une nouvelle issue”. » La pensée naît de l’effort contrarié du corps. Point de vue accrédité par la phénoménologie matérielle de Michel Henry (1922-2002) en discussion avec les phénoménogies intentionnelle (Husserl) et de la perception (Merleau-Ponty).
Repères bibliographiques
 
- Bégout, B. (1995). Maine de Biran et la vie intérieure. Paris : Editions Payot.
- Bégout, B. (1997). Maine de Biran : le temps du moi. Identité personnelle et formes de la temporalité, Le fait de l’analyse, n°2, p. 223-255.
- Cazamian, P. (2009). La neuroergonomie. Bordeaux : Editions Préventiques.
- Dujarier, M.-A. (2015). Le management désincarné. Enquête sur les nouveaux cadres du travail. Paris : Editions La Découverte.
- Hamraoui, E. (2016). La vitalité, la vie et le travail à l’épreuve du régime de la vie indigente (inédit d’HDR), 263 p.
- Henry, M. (1965). Philosophie et phénoménologie du corps, Paris, PUF.
- Husserl, E. ([1938] 1988). La crise des sciences européennes et la phénoménologie, Paris, éditions Gallimard.
- Maine de Biran ([1848-1858] 1954). Journal (I-IV), Être et pensée, Cahiers de philosophie, Ouvrage publié avec le concours du C.N.R.S., t. I-III.
- Merleau-Ponty, M. (1945). Phénoménologie de la perception, Paris, éditions Gallimard.
- Musso, P. (2017). La religion industrielle. Monastère, manufacture, usine. Une généalogie de l’entreprise. Paris : Fayard.

Modalité d'évaluation

Contrôle continu des connaissances.

Bibliographie

  • ANTOINE A : Maine de Biran. Sujet et politique, Paris, PUF, 1999.
  • AZOUVI F : Maine de Biran, La Science de l'Homme, Paris, vrin, 1995.
  • DEVARIEUX A. : Maine de Biran, l'individualité persévérante, Grenoble, Editions Jérôme Million, 2004.
  • Maine de Biran : De l'aperception immédiate (Mémoire de Berlin, 1807), Tome IV, éd. F. Azouvi, Paris, Vrin,1995,
  • Bruce BEGOUT : Maine de Biran, la vie intérieure, Paris, Payot, 1995.
  • Bruce BEGOUT : Maine de Biran : le temps du moi. Identité personnelle et formes de la temporalité », Le fait de l’analyse, n°2, 1997, p. 223-255.
  • CAZAMIAN, P : La neuroergonomie, Bordeaux, Editions Préventiques, 2009.
  • DESTUTT DE TRACY : De l’amour (1813), introduit, édité et annoté par Claude Jolly, Paris, Vrin, 2006
  • DUJARIER, M.-A : Le management désincarné. Enquête sur les nouveaux cadres du travail. Paris, La Découverte, 2015
  • GOMEZ, P.-Y : Le travail invisible. Enquête sur une disparition, Paris, Editions François Bourin, 2013
  • HAMRAOUI, E : « La vitalité, la vie et le travail », Perspectives interdisciplinaires sur le travail et la santé (PISTES), 16-1 En ligne , 2014, p. 1-22.
  • HENRY, M : Philosophie et phénoménologie du corps, Paris, PUF, 1963
  • MAINE DE BIRAN : Journal (I-IV), Être et pensée, Cahiers de philosophie, Ouvrage publié avec le concours du C.N.R.S., 1848-1858 1954, t. I-III.
  • MAINE DE BIRAN : Rapports du physique et du moral de l’homme (Mémoire de Copenhague, 1811). In Œuvres, tome VI, édité par F.T.C. Moore, ouvrage publié avec le concours du CNRS. Paris, Vrin, 1984.
  • MAINE DE BIRAN : Rapports des sciences naturelles avec la psychologie et autres Ecrits sur la psychologie (1813-1815), Œuvres (tome 8), édité par Bernard Baertschi, ouvrage publié avec le concours du CNRS. Paris, Vrin, 1986.
  • MAINE DE BIRAN : Mémoires sur l’influence de l’habitude sur la faculté de penser (1802), dans Œuvres, Influence de l’habitude sur la faculté de penser, édité par François Azouvi. Paris, Vrin, t. II, 1987.
  • MAINE DE BIRAN : Mémoire sur la décomposition de la pensée (1804), édité par François Azouvi, Paris, Vrin, t. III, 1988.
  • MAINE DE BIRAN : Nouvelles considérations sur les rapports du physique et du moral de l’homme suivies de Ecrits sur la physiologie (1841), dans Œuvres, t. IX, édité par Bernard Baertschi, ouvrage publié avec le concours du CNRS, Paris, Vrin, 1990.
  • MERLEAU-PONTY, M. : Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard, 1945.
  • HENRY, M. : Philosophie et phénoménologie du corps, Paris, PUF, 1965.
  • HUSSERL, E. : La crise des sciences européennes et la phénoménologie (1938), Paris, éditions Gallimard, 1988.

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