Depuis 10 ans, le Cnam forme des détenus pour accompagner leur réinsertion
C’est en 2015 que le Cnam et la direction interrégionale des services pénitentiaires de Paris (DISP) signent une première convention permettant à des personnes incarcérées de s’inscrire à des formations du Conservatoire. Dix ans plus tard, ce partenariat de la seconde chance a été étendu à des centres pénitentiaires partout sur le territoire national. Durant cette période, ce sont plus de 500 personnes qui se ainsi sont formées. Certaines ont pu obtenir un diplôme pour préparer leur sortie avec un objectif de réinsertion professionnelle précis et immédiat.
26 centres pénitentiaires concernés
- En Île-de-France : Fleury-Mérogis hommes et femmes, Meaux, Melun, Poissy, Fresnes hommes et femmes, Osny, Réau, Villepinte, Nanterre
- Ailleurs en France : Rennes, Strasbourg, Lille, Dijon, Lyon, Toulouse, Marseille, Mission Outre-mer
- Étranger : Genève (Suisse)
19 parcours à distance dans 6 secteurs d’activité
- Comptabilité et gestion
- Bâtiment
- Droit des affaires, droit social et immobilier
- Finance, banque et assurance
- Informatique, mathématiques
- Management et innovation
Contact
- ouverture.sociale@cnam.fr
- 01 40 27 27 20
Date
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Les statistiques montrent que la population carcérale possède un niveau de qualification plus faible que celui de la population générale : plus de 49% n’ont aucune qualification, près de 41% disposent d’un niveau de qualification inférieur au bac, 9% présentent un niveau bac ou supérieur. Le taux d’illettrisme de la population détenue, proche de 11%, est par ailleurs préoccupant. Dans ce contexte, la formation et l’orientation professionnelle sont une condition essentielle à la réinsertion des détenus. Le temps d’emprisonnement, quelle que soit sa durée, peut permettre à chacun d’acquérir des compétences ou un diplôme pour faciliter son arrivée ou son retour sur le marché de l’emploi. Faire de l’après-prison une pleine réussite et limiter ainsi le risque de récidive une fois la sortie effective.
Au Cnam, les personnes détenues suivent des parcours relevant presque exclusivement de la formation continue, à distance, avec des unités d’enseignement (UE) à la carte. Elles choisissent la comptabilité (25,7%), les ressources humaines (13,1%), le droit (12,6%), l’informatique/numérique (10,9%), ou encore des UE dans les domaines du bâtiment, de l’organisation du travail, du marketing et de l’économie. Quelle que soit la filière d’enseignement, les UE auxquelles les personnes détenues s’inscrivent relèvent essentiellement du 1er cycle supérieur : 56,8% en première année de licence, 41,5% en L2/L3. Un faible pourcentage (1,1%) suit des formations de 2nd cycle supérieur (master, titre d’ingénieur).
Afin de porter son engagement et d’appuyer la réussite des personnes détenues, le Cnam a renforcé son accompagnement en proposant diverses modalités de suivi pédagogique au-delà de la simple formation : suivi des parcours par une coordinatrice pédagogique, tutorat dans certaines formations et, surtout, expérimentation d’une formation hybride à l’entrepreneuriat. Le dispositif « Émergence du désir d’entreprendre », visant à renforcer et à accompagner les projets entrepreneuriaux d’étudiants empêchés et articulé entre présentiel et distanciel, commence à essaimer après avoir été expérimenté dans plusieurs établissements pénitentiaires d’Île-de-France.
Chiffres : ministère de la Justice
TÉMOIGNAGE DE DENIS (PRÉNOM MODIFIÉ)
L’histoire de Denis est celle d’une seconde chance rendue possible par la formation. Condamné à une longue peine, il choisit, en détention, de reprendre des études exigeantes : le diplôme supérieur de gestion et de comptabilité (DSGC) du Cnam-Intec (Institut national des techniques économiques et comptables). Dans un environnement contraint, la rigueur des cours devient un cadre pour Denis. Les examens deviennent des objectifs. Le diplôme devient un avenir. Il valide son DSGC avant sa libération. À sa sortie, il intègre un cabinet d’expertise comptable comme comptable, évolue vers un poste de comptable confirmé, puis rejoint un grand cabinet en tant que chef de mission. Animé par une ambition nouvelle, il poursuit son parcours : obtention du diplôme supérieur de comptabilité et de gestion (DSCG d’État), stage d’expertise comptable achevé, inscription à la prochaine session du diplôme d’expertise comptable (DEC).Son parcours démontre qu’exigence académique et mission sociale ne s’opposent pas. Bien au contraire. En rendant ses diplômes accessibles en détention, le Cnam-Intec ne forme pas seulement des professionnels. Il permet à certains de reconstruire leur trajectoire et d’inscrire leur avenir dans l’excellence. Cela a été le cas pour Denis !
TÉMOIGNAGE DE MICHEL (PRÉNOM MODIFIÉ)
« Il y a des moments dans une vie où tout bascule. D’autres deviennent des opportunités… encore faut-il oser les saisir ! »
Ainsi parle Michel, qui a découvert le Cnam par le biais d’un autre détenu et du responsable local de l’enseignement de l’établissement pénitentiaire où il était incarcéré. À ce moment-là, son objectif était clair : reprendre une formation professionnelle afin de donner du sens à son temps de détention et le mettre à profit pour apprendre. Il espérait également qu’à terme, l’obtention d’un diplôme et de certifications lui permettrait de préparer au mieux sa réinsertion professionnelle. Intégrer un établissement de la renommée du Cnam représentait pour Michel une véritable opportunité, presque une seconde chance. Reprendre des études s’est révélé une aventure exigeante, faite de solitude mais aussi de découvertes. Comme toute aventure, elle demande du temps, de la rigueur et une grande capacité d’adaptation. En détention, le temps est omniprésent, mais encore faut-il savoir l’utiliser à bon escient. Apprendre à structurer ses journées, s’imposer une discipline. Rester constant dans l’effort est essentiel. La formation à distance lui a paru avoir quelques limites, notamment face à des questions, des incompréhensions, qui restent sans réponse immédiate. Mais ces écueils lui ont appris à chercher par lui-même, à persévérer, à ne pas abandonner.
Dans ce parcours, Michel a eu la chance de croiser une personne qui a profondément marqué son chemin : Véronique, la coordinatrice pédagogique du programme des personnes empêchées. Il la décrit comme sa « bonne fée », non pas hasard, mais parce que par sa présence, son soutien et sa bienveillance, elle a su faire naître en lui quelque chose qu’il pensait perdu : la confiance en soi et la possibilité d’un avenir différent. Derrière cette image, il y a une personne bien réelle, qui a su tendre lui la main au bon moment et croire en lui, parfois même avant qu’il ne soit capable de le faire lui-même. Au-delà des connaissances acquises, cette expérience a profondément transformé la perception que Michel avait de lui-même. Être apprenant, c’est non seulement acquérir des compétences, mais aussi reconstruire une estime de soi parfois fragilisée. Sur le plan professionnel, même sans mise en pratique immédiate au moment de la formation, il a compris que ses acquis constitueraient une base solide pour le futur. Sur le plan humain, cette démarche lui a également appris la valeur du partage, de l’entraide et du lien aux autres.
Aujourd’hui, lorsqu’il regarde le chemin parcouru, Michel ressent une profonde fierté mêlée d’émotion. Depuis sa sortie, tout ce qu’il a entrepris durant sa détention a pris tout son sens. Il a retrouvé une place dans le monde professionnel, d’abord comme comptable puis en évoluant vers un poste à responsabilités. Mais au-delà d’une place, c’est surtout sa place dans la société que Michel a retrouvée !
Et de conclure : « Reprendre une vie normale peut sembler anodin pour certains, mais pour moi, c’est une victoire quotidienne. C’est le fruit d’un travail profond sur moi-même : une discipline construite dans l’effort et une volonté de ne pas laisser mon passé définir mon avenir. Cette période m’a appris que, même après une chute, il existe en chacun de nous des ressources immenses. Des ressources que l’on ne soupçonne pas toujours, mais qui permettent de se relever, pas à pas, à condition de s’y engager pleinement. Avec le recul, je sais que certaines rencontres changent une trajectoire. La mienne en fait partie. »