Innover et adapter les formations du Cnam aux enjeux sociétaux : le rôle clé du chargé d’animation et d’ingénierie pédagogique
À la croisée des savoirs, de la gestion de projets et de l’accompagnement des publics, le chargé d’animation et d’ingénierie pédagogique joue un rôle essentiel au Cnam. Il contribue à concevoir, organiser et faire évoluer les dispositifs de formation, en veillant à leur adéquation avec les besoins des élèves, des équipes enseignantes et des partenaires. Un métier transversal qui associe coordination, accompagnement et réflexion sur les évolutions de la formation.
Le métier de chargé d’animation et d’ingénierie pédagogique repose avant tout sur une capacité à coordonner des projets et à faire travailler ensemble des interlocuteurs aux profils variés. Selon les missions qui lui sont confiées, il peut participer à la conception de parcours de formation, à l’organisation d’actions pédagogiques, à l’accompagnement des équipes ou encore au suivi des publics. Il doit ainsi conjuguer rigueur, sens de l’organisation, qualités relationnelles et capacité d’adaptation. Dans un établissement comme le Cnam, qui s’adresse notamment aux adultes en reprise d’études ou en évolution professionnelle, cette fonction contribue directement à rendre les formations accessibles, cohérentes et adaptées aux réalités du monde professionnel.
Au-delà de la gestion quotidienne des dispositifs, le chargé d’animation et d’ingénierie pédagogique participe aussi à leur transformation. Il analyse les besoins, identifie des pistes d’amélioration et contribue au développement de nouvelles modalités pédagogiques ou de nouveaux projets. Son rôle implique donc une veille régulière sur les évolutions des métiers, des compétences et des pratiques de formation. Véritable interface entre les différents acteurs, il accompagne les changements dans la formation professionnelle et l’enseignement supérieur.
En quoi consiste concrètement votre métier de chargée/chargé d’animation et d’ingénierie pédagogique au Cnam et quelles sont vos principales missions au quotidien ?
Kim-Anh Nguyen : mes missions s’articulent autour de trois grands axes. Le premier consiste à promouvoir près de 60 diplômes et certifications, en France comme à l’international. Notre offre couvre des domaines aussi variés que l’électronique, l’électrotechnique, l’automatique, la radioprotection, l’instrumentation et la physique : des secteurs en constante évolution et au cœur des enjeux industriels et technologiques d’aujourd’hui. Le deuxième axe concerne ma responsabilité au sein du master international Télécommunications et réseaux. Cette formation, dispensée en anglais, attire aujourd’hui des étudiants de haut niveau, issus de plus de 30 nationalités, dont certains bénéficient de bourses attribuées par des gouvernements ou des fondations.
Depuis 2023, le master figure dans le top 5 du classement Eduniversal, et son taux d’admission est aujourd’hui d’environ 5 %, ce qui témoigne de sa forte sélectivité. Enfin, je suis également référente qualité. C’est une mission essentielle pour garantir la fiabilité et la reconnaissance de nos formations, répondre aux exigences des organismes certificateurs et renforcer la confiance des apprenants, des employeurs et des financeurs. C’est surtout un travail d’amélioration continue : rien n’est jamais complètement acquis. C’est ce qui rend mon métier particulièrement riche : je peux passer d’un sujet scientifique ou pédagogique à un échange avec un étudiant international, puis à une question de qualité ou de certification. Aucune journée ne se ressemble, et j’apprends moi-même en permanence.
Loïc Breuss : mes interventions couvrent plusieurs domaines : la conception et le montage d’actions de formation, en collaboration avec le département Santé-solidarité et les différents services du Cnam ; le développement de partenariats avec des structures externes, l’élaboration et la signature de conventions ; la communication externe avec rédaction et mise à jour des supports de communication de l’équipe pédagogique ; enfin la veille sur les procédures et documents de l’équipe pédagogique, dans le respect de la démarche qualité et de la certification Qualiopi. Par ailleurs, au sein de mon département, je suis référent pour les échanges avec les centres Cnam en région, ainsi que pour les questions liées au handicap et à l’accessibilité.
Quelles compétences et qualités sont indispensables pour exercer ce métier ?
KAN : je dirais que la première compétence indispensable est la capacité à apprendre et à s’autoformer en permanence. Mon métier est étroitement lié à l’innovation et à des domaines scientifiques et technologiques qui évoluent très rapidement. Se tenir informé des dernières innovations et comprendre ces évolutions est donc essentiel. Je continue à apprendre au quotidien, à travers des séminaires, des formations courtes, mais aussi beaucoup grâce aux échanges avec des professionnels. Cette capacité à apprendre tout au long de la vie correspond pleinement à la mission du Cnam, et je la vis moi-même dans mon métier. La deuxième compétence est la créativité. Mon métier se situe à la croisée de nombreux domaines et m’amène à imaginer de nouvelles façons de communiquer, de valoriser nos formations et de développer des projets. La créativité permet aussi de sortir des habitudes et de trouver des solutions adaptées aux nouveaux enjeux. Enfin, je dirais la responsabilité. Dans un métier aussi transversal, il faut savoir être autonome, prendre des décisions et s’engager dans les projets que l’on mène. Il faut aussi savoir s’adapter à des interlocuteurs et à des situations parfois très différents, sans perdre de vue les objectifs et les engagements pris.
LB : à mes yeux, le rôle d’un chargé d’animation et d’ingénierie pédagogique exige une grande adaptabilité, que ce soit face à des situations variées ou à des interlocuteurs aux profils différents (collègues, élèves, partenaires, etc.). Cela suppose de savoir fédérer les acteurs autour d’un projet et de faire preuve d’écoute pour comprendre les attentes et anticiper les éventuelles difficultés. Dans la conduite de projet, l’esprit d’analyse est indispensable pour saisir l’environnement du projet et créer des liens entre les différentes informations et/ou contraintes pour sa réalisation. Ce métier impose aussi une certaine polyvalence avec une gestion rigoureuse du temps et une capacité à hiérarchiser les priorités. En règle générale, j’ai le sentiment que le chargé d’animation doit être capable de sortir de sa stricte fiche de poste et de façonner ses missions en fonction de son environnement et des besoins émergents. Enfin, je pense que la curiosité est également une qualité essentielle pour exercer ces fonctions. Il est indispensable de se tenir informé des évolutions réglementaires en matière de formation professionnelle continue.
Comment travaillez-vous avec les enseignants, les équipes administratives, les élèves et les partenaires du Cnam ?
KAN : pour moi, ce travail repose avant tout sur le respect, l’écoute et la coopération. Nous pouvons avoir des cultures, des parcours, des métiers et des expertises très différents. Un enseignant, un élève, un partenaire professionnel ou une équipe administrative ne regarde pas nécessairement un projet de la même manière. Mais c’est justement ce qui est intéressant. Mon rôle consiste aussi à faire dialoguer ces différents points de vue. Cette diversité permet d’apprendre les uns des autres, de trouver ensemble des solutions et, surtout, de garder un objectif commun : la réussite des projets et des formations du Cnam.
LB : cela dépend du projet et des interlocuteurs avec lesquels j’interagis. Auprès des enseignants, j’assume un rôle de conseil et d’accompagnement afin d’aider à la conception d’actions de formation. En effet, plusieurs domaines doivent être pris en compte afin de développer ou de mettre en place une formation (aspects réglementaires et financiers). Ce travail d’ingénierie est possible grâce au soutien et à l’appui de la direction du département et de mes collègues, mais aussi grâce aux différents services du Cnam (direction nationale des formations, direction des Affaires financières, Action régionale, etc.), qui sont d’une aide précieuse pour la réalisation des différents projets. En ce qui me concerne, j’ai des contacts plus ponctuels avec les élèves.
Cela étant, il m’arrive d’accompagner ou de conseiller certains candidats sur leur reprise d’études en leur transmettant des informations sur l’offre de formation (candidature, procédure de validation d’acquis, etc.). Afin de garantir une reprise d’études réussie, je conseille également sur les différents dispositifs de financement possibles ainsi que sur les démarches à accomplir avec France Travail lorsque cela s’avère nécessaire. Par ailleurs, je veille à entretenir des échanges réguliers avec les centres Cnam en région. Ces échanges me permettent de partager l’actualité réglementaire du Cnam et de transmettre toute information pouvant leur être utile. Enfin, j’entretiens des relations régulières avec nos différents partenaires dans les domaines de la gestion en santé, du travail social ou de l'économie sociale et solidaire, que ce soit pour rédiger et déployer des conventions de coopération ou pour faire évoluer celles qui existent déjà.
Quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confronté(e) aujourd’hui dans le domaine de la formation ?
KAN : l’un des principaux défis est l’évolution très rapide des modes d’apprentissage. En quelques années, les possibilités se sont considérablement diversifiées : formation en présentiel, à distance, en ligne, en alternance ou encore en blended learning, qui combine plusieurs modalités. Dans nos domaines de spécialité, notamment les sciences et les technologies, nous devons également intégrer de nouvelles innovations pédagogiques. Nous développons par exemple des travaux pratiques en réalité virtuelle immersive (jumeaux numériques). Ces outils sont particulièrement intéressants dans les domaines où la sécurité constitue un enjeu majeur, comme la radioprotection. Plus largement, les évolutions technologiques transforment certains métiers et certaines tâches. Notre défi est donc d’anticiper ces transformations et d’adapter nos formations pour préparer au mieux les élèves aux compétences de demain. J’imagine qu’un jour, les étudiants pourront entrer dans une salle de cours et vivre une expérience immersive, comme dans une salle d’exposition de TeamLab (laboratoire d’équipe). Il faut finalement trouver le bon équilibre entre innovation technologique, innovation pédagogique, qualité des formations et accompagnement humain. La technologie ouvre énormément de possibilités, mais elle doit rester au service de l’apprentissage.
LB : selon moi, les principaux défis à relever sont au nombre de quatre. Tout d’abord, l’évolution de la réglementation de la formation professionnelle continue : ce domaine, en constante évolution, nécessite une veille active pour anticiper les changements. Il faut savoir composer entre le code du travail et celui de l’éducation, et s’adapter aux différentes règles en vigueur. L’accessibilité est par ailleurs un enjeu clé, à la fois pour l’inclusion et pour répondre aux obligations légales. Elle garantit que tous nos publics puissent accéder équitablement à nos formations. En tant qu’ingénieur pédagogique, il est essentiel d’intégrer cette dimension, d’autant plus que des outils existent pour nous accompagner dans cette démarche. Enfin, l’accessibilité s’inscrit aussi dans une logique réglementaire, puisqu’elle fait partie intégrante de la certification Qualiopi. Troisième point, l’intelligence artificielle (IA). Il s’agit ici de réfléchir à son intégration dans nos pratiques, en préservant la qualité pédagogique et l’esprit critique. Cela implique de former à son utilisation et d’adapter nos règles internes pour l’encadrer. Dernier point, la transition écologique. Avec la question du réchauffement climatique, cet enjeu est devenu incontournable. Il est donc essentiel de l’intégrer dans la conception de nos formations et dans nos pratiques quotidiennes. À mes yeux, cette question est aussi liée à celle de l’IA, dont l’usage doit être responsable.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier et comment imaginez-vous son évolution dans les prochaines années, toujours au service des publics ?
KAN : mon prochain collègue ne sera peut-être pas humain ! Cette idée peut sembler surprenante, mais elle reflète bien l’évolution rapide de notre métier. L’intelligence artificielle et les nouvelles technologies vont certainement transformer notre façon de travailler, d’apprendre et d’accompagner les publics. Et c’est justement ce qui me plaît dans ce métier : il m’oblige à continuer à apprendre. Je découvre de nouveaux domaines, je rencontre des personnes aux parcours très différents et je participe à des projets qui évoluent constamment. Dans les prochaines années, les outils numériques et l’IA prendront certainement une place de plus en plus importante dans la formation. Mais je ne pense pas qu’ils remplaceront l’humain. La vraie question est plutôt de savoir comment travailler avec eux pour mieux accompagner les apprenants et proposer des parcours plus personnalisés. Après tout, si mon prochain collègue n’est peut-être pas humain, notre mission, elle, le restera : apprendre, innover et toujours placer l’homme cœur de la formation.
LB : l’ingénieur pédagogique est au cœur des évolutions de la société. Il touche à des domaines variés et complexes à la fois, et son métier me semble être hautement transversal. C’est un aspect que j’apprécie beaucoup, qui nécessite de toujours se tenir informé de l’actualité et de conserver une constante vigilance vis-à-vis de l’environnement de la formation tout au long de la vie. J’apprécie également d’être au contact des différents services, de pouvoir poser des questions (parfois peut-être un peu trop), puis d’évoluer dans des domaines que je ne maîtrise pas toujours. Même si j’ai parfois l’impression d’être un bricoleur ou un équilibriste, c’est un métier qui me plaît pour ces raisons. Après plusieurs années à ce poste, j’apprends toujours de nouvelles choses. Enfin, en ce qui concerne le futur du métier, je pense qu’il évoluera en lien avec les défis actuels (IA et changement climatique, par exemple), mais toujours au service du public.