Journée mondiale de la créativité et de l'innovation
Sensibiliser au rôle de la créativité et de l'innovation dans tous les aspects du développement humain : tel est le credo de cette journée du 21 avril, intronisée par les Nations Unies en 2017. Notre époque est celle des technologies, de plus en plus pointues, du plus en plus rapides. Les chercheurs imaginent la vie d’après sans se fixer de limites : ingénierie, santé, IA, etc. Quant à l’économie créative (audiovisuel, design, arts du spectacle), elle est devenue l’un des secteurs économiques les plus prospères au niveau mondial en termes de revenus générés et d’emplois créés. Saviez-vous que le Cnam proposait un bouquet de formations spécifiques pour ceux qui souhaitent rejoindre ou accompagner les « trouveurs » de toutes sortes ?
Se former à l'innovation et à la créativité avec le Cnam
La Journée mondiale de la créativité et de l'innovation est là pour rappeler que ces deux concepts sont indispensables à chaque pays pour exploiter leur potentiel économique. Qu’il s’agisse des sciences ou des arts, créativité et innovation ont ceci de singulier qu’elles permettent de créer un mélange riche de cultures et de savoirs comme soutien à la croissance sociale et économique mondiale.
C’est aussi grâce à ces deux idées que des solutions à certains des problèmes les plus urgents de notre siècle pourront être trouvés : éradication de la pauvreté et de la faim dans le monde, vaccins anticancers, robotique. Mais il s’agit aussi d’offrir culture et loisirs à tous à travers de nouvelles applications web, jeux vidéo, plateformes de streaming ou encore spectacles interactifs où les spectateurs deviennent à leur tour des acteurs. Cohésion et partage sont au menu pour un meilleur futur.
La créativité et l'innovation jouent par ailleurs un rôle fondamental dans la réalisation du programme de développement durable (horizon 2030) et de ses 17 objectifs. Les technologies vertes utilisées pour produire des biens et des services à faible empreinte carbone se développent et offrent des opportunités économiques croissantes. Cependant, de nombreux pays en voie de développement risquent d’en être exclus sans la mise en œuvre d'actions décisives. C’est ainsi que dans son rapport sur la technologie et l'innovation de 2023, l’ONU a appelé les gouvernements à aligner leurs politiques dans les secteurs de l'environnement, de la science et des technologies, de l'innovation et de l'industrie.
3 QUESTIONS À ANNE BERTHINIER-PONCET, MAÎTRE DE CONFÉRENCES AU CNAM ET SPÉCIALISTE DANS LE MANAGEMENT DE L’INNOVATION
L’innovation est de nos jours au centre de tout : pourquoi et, au fond, cela n’a-t-il pas toujours été le cas ?
L’innovation a toujours été présente, car elle est au cœur du progrès des organisations et des sociétés. Quand on pense innovation, on pense spontanément à de grandes figures ou à des objets emblématiques : Edison et l’ampoule, Ford et la voiture, plus récemment Tesla, ou encore les grandes avancées dans l’aéronautique et le spatial. On pense aussi aux transformations majeures de l’information et de la communication, de la photographie au cinéma, jusqu’aux technologies numériques actuelles. À cet égard, le musée des Arts et Métiers (MuAM) constitue une illustration particulièrement parlante de cette histoire longue de l’innovation.
Mais l’innovation ne se résume pas à ces symboles. Même si elle est parfois décriée pour les dérives qu’elle peut entraîner — surconsommation, pression accrue sur les ressources naturelles, pollution —, elle reste avant tout un moteur de progrès social : avancées en santé, nouvelles formes d’organisation du travail, amélioration des conditions de vie.
Si l’innovation est aujourd’hui au centre de tous les discours, c’est aussi parce que sa reconnaissance s’est progressivement structurée. Dès les années 1990, avec le Manuel d’Oslo, l’Europe a cherché à définir et à mesurer l’innovation, à mieux comprendre les trajectoires des organisations innovantes et à en faire un objet de politique publique. Cela fait désormais plus de trente ans que l’innovation est identifiée comme une priorité stratégique, dans le secteur privé comme dans le secteur public.
Ce qui évolue aujourd’hui, ce n’est donc pas tant son existence que son périmètre et sa portée : l’innovation n’est plus seulement technologique, elle est aussi sociale, environnementale, organisationnelle — en un mot, plus responsable. Et en tant qu’enseignants-chercheurs au Cnam, nous observons très concrètement cette évolution, à la fois dans les pratiques des organisations et dans les attentes de nos étudiants et auditeurs, pour qui l’innovation est plus qu’un mot : c’est une réalité qu’ils doivent maîtriser.
On comprend que l’innovation est essentielle au devenir et au bien-être de l’humanité : en quoi la créativité artistique a-t-elle une part importante dans ce processus de développement et d’émancipation ?
La créativité artistique joue un rôle essentiel dans les processus d’innovation, précisément parce qu’elle introduit un autre rapport au monde, plus sensible, plus ouvert et moins finalisé. Là où les démarches d’innovation classiques cherchent souvent à résoudre un problème donné, les pratiques artistiques permettent de le reformuler, voire de le déplacer.
S’inspirer des artistes, ce n’est pas seulement chercher de nouvelles idées : c’est apprendre à penser autrement. Les artistes travaillent avec l’incertitude, la nuance. Ils explorent sans objectif prédéfini, donnant une place centrale aux émotions, aux imaginaires et à l’esthétique. Cette capacité à créer du sens, à questionner les évidences et à ouvrir de nouveaux possibles est aujourd’hui essentielle. C’est aussi particulièrement précieux pour aborder les grands défis environnementaux et sociétaux, qui restent souvent difficiles à appréhender de manière concrète. Les approches arts-based (basées sur l’art) permettent de les comprendre autrement : non plus seulement de manière abstraite ou rationnelle, mais de manière incarnée, sensible, presque physique. Elles touchent ce que l’on pourrait appeler notre carte du sensible, et facilitent ainsi une prise de conscience plus profonde — et souvent plus engageante — de ces enjeux.
Pour autant, ces approches restent encore émergentes dans le champ du management de l’innovation, notamment en comparaison de méthodes aujourd’hui largement diffusées comme le design thinking (méthode de résolution de problèmes basée sur la compréhension des besoins des utilisateurs). C’est précisément ce qui en fait, à nos yeux, un enjeu important : celui de leur reconnaissance et de leur développement, car elles apportent des ressources complémentaires, voire indispensables, pour penser et accélérer des formes d’innovation plus responsables.
C’est dans cette perspective que nous développons, au Cnam, une approche que nous appelons art thinking. Elle consiste à utiliser l’expérimentation artistique comme un levier de décentrement : en sortant des cadres habituels, les étudiants apprennent à explorer autrement, à accepter de ne pas savoir immédiatement où ils vont, et à faire émerger des formes d’innovation plus réflexives, plus responsables, et, dans certains cas, plus radicales.
Quelle stratégie dans l’offre de formation du Cnam concerne ces deux domaines ?
Nous avons un département entier dédié à l’innovation, qui aborde ces enjeux à différents niveaux, que ce soit en ressources humaines, en prospective, en développement durable ou encore en innovation publique ou dans les milieux de la création. Cette diversité permet de traiter l’innovation dans toute sa complexité et dans des contextes variés.
Nous proposons également le master Management de l’innovation et de la conception innovante (MICI), qui s’intéresse plus particulièrement à la « fabrique » de l’innovation au sein des organisations, qu’elles soient publiques ou privées, dans l’industrie, les services ou encore l’économie sociale et solidaire (ESS). L’objectif est de donner aux apprenants une compréhension fine des mécanismes de l’innovation : identifier ses sources, développer la créativité à tous les niveaux de l’organisation, faire collaborer une diversité d’acteurs – entreprises, laboratoires de recherche, startups, institutions publiques, citoyens – ou encore accompagner le financement, le développement et la diffusion de nouvelles solutions.
Au-delà de ces fondamentaux, ce master accorde une place importante à la créativité et aux méthodes qui permettent de la structurer. Nous avons développé plusieurs cours dans lesquels nous enseignons notamment la théorie C-K, développée à l’École des Mines, qui distingue l’espace des connaissances et celui des concepts pour montrer que la créativité relève d’un véritable processus d’exploration et de conception. Nous proposons également un cours spécifique, intitulé « Méthodes créatives et modèles d’affaires innovants », dans lequel les étudiants découvrent et expérimentent différentes approches, comme le design thinking ou la méthode TRIZ, consacrée à l'analyse et à la résolution de problèmes techniques nécessitant des solutions innovantes, ainsi qu'une théorie sur l'évolution technologique des produits. Ces méthodes offrent des cadres de réflexion complémentaires pour stimuler la créativité et amener les étudiants à sortir de leurs schémas habituels. Enfin, à travers le cours « Art et innovation responsable », nous développons une approche d’art thinking, qui invite les étudiants à expérimenter, à se décentrer et à intégrer davantage le sensible, les émotions et la création de sens dans leurs démarches d’innovation, en cohérence avec les enjeux actuels d’une innovation plus responsable.