Les géomètres-topographes et l’IA : une révolution qui redessine la profession

L'intelligence artificielle transforme progressivement les métiers de la géomatique, de la topographie et de l'aménagement. Loin de remplacer les géomètres-topographes, elle devient un outil d'aide à la décision et d'automatisation des traitements, faisant évoluer les compétences recherchées vers davantage d'expertise, de maîtrise des données et d'innovation technologique. Le cycle ingénieur Topographie et génie de l’aménagement de l’École supérieure d'ingénieurs géomètres et topographes (Cnam-ESGT), basée au Mans, intègre naturellement cette nouvelle donne à son programme. Marie Kerninon et Vincent Gerligand en sont diplômés. Ils partagent leur expérience.

Géomètre-topographe : un métier d’avenir

Pour aller + loin

Site officiel de l'organisation professionnelle des géomètres-experts en France. Il vous dit tout des activités du métier, des domaines d'intervention et des parcours pour accéder à la profession.
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© Vignette : AdobeStock.
Rappelons tout d’abord que le géomètre-topographe est un professionnel de la mesure et de la représentation du territoire. À l'aide d'instruments de haute précision, il réalise des relevés sur le terrain afin de produire des plans, des cartes et des modèles numériques utilisés dans les projets de construction, d'aménagement et d'infrastructures. Son travail intervient en amont de nombreux projets : routes, bâtiments, réseaux, ouvrages d'art ou aménagements urbains. 

Longtemps associé aux seuls relevés de terrain et aux opérations de mesure, le métier de géomètre-topographe connaît aujourd'hui une profonde mutation sous l'effet du numérique. Grâce à l'intelligence artificielle, les données issues des drones, scanners laser 3D, capteurs LiDAR* (télédétection par laser) ou système mondial de positionnement par satellites (GNSS) peuvent désormais être traitées plus rapidement et avec un niveau d'automatisation inédit. Classification des nuages de points, détection d'objets, modélisation 3D ou analyse territoriale : autant de tâches qui bénéficient désormais des avancées de l'IA. Le rôle du professionnel évolue ainsi vers le contrôle, l'interprétation et la valorisation de données toujours plus nombreuses et complexes.

Cette transformation bénéficie au métier de géomètre-topographe. En effet, les enjeux liés à la fiabilité des données, la responsabilité juridique, l'aménagement du territoire ou encore l'expertise foncière nécessitent une intervention humaine qualifiée. Si l'intelligence artificielle peut assister les opérations techniques, elle ne remplace ni l'analyse critique, ni la connaissance du terrain, ni la capacité à dialoguer avec les acteurs publics, les entreprises et les propriétaires de biens. Le géomètre devient ainsi un véritable chef d'orchestre de la donnée géospatiale, garant de sa qualité et de son utilisation dans les projets d'aménagement.
 

Cycle ingénieur Topographie et génie de l’aménagement du Cnam-ESGT


À la croisée de la technologie, de l'aménagement du territoire et de l'expertise foncière, le géomètre-topographe joue un rôle essentiel pour garantir la précision et la fiabilité des informations servant à concevoir et gérer les espaces de demain. Dans ce contexte, le cycle d'ingénieur Topographie et génie de l'aménagement est particulièrement en phase avec les évolutions du secteur. La formation associe les sciences de la mesure, la géomatique, le foncier, l'aménagement et les technologies numériques de pointe. Les futurs ingénieurs y développent des compétences recherchées dans les domaines du BIM**, des systèmes d'information géographique, du traitement des données 3D et, de l'intelligence artificielle appliquée aux territoires. À l'heure où les métiers de la topographie s'inscrivent pleinement dans la transition numérique, cette double expertise technique et territoriale constitue un atout majeur pour accompagner les transformations de la profession.

*Laser imaging detection and ranging ou détection et télémétrie par imagerie laser
**Building information modeling ou Modélisation des informations du bâtiment
 

Témoignages

 

Marie Kerninon, diplômée ingénieure de l’ESGT en 2024
Marie Kerninon, diplômée ingénieure de l’ESGT en 2024


C’est au lycée, presque par hasard, que j’ai découvert le métier de géomètre. Alors que je m’orientais plutôt vers l’architecture et l’urbanisme, le Cnam-ESGT m’a révélé la pluridisciplinarité de cette profession, qui allie terrain et bureau, et propose une formation complète menant au diplôme d’ingénieur. Convaincue, j’ai intégré l’école directement en classe préparatoire via le concours Geipi Polytech. Ce choix s’est avéré idéal : il m’a permis de renforcer mes connaissances scientifiques tout en m’initiant aux spécialités de l’école, ce qui a contribué, pour ma part, à aborder plus sereinement le cursus d’ingénieur. La formation au Cnam-ESGT est riche et variée, couvrant des domaines aussi divers que les sciences de la mesure, le droit, l’aménagement foncier, la géomatique ou encore la gestion de projet. Elle reflète la réalité du métier : un ingénieur Cnam-ESGT doit être capable d’appréhender un projet dans sa globalité, en mobilisant à la fois des compétences techniques, juridiques et managériales. Les nombreux travaux pratiques, sorties terrain et travaux dirigés permettent de varier les approches et de mettre en pratique les enseignements théoriques. Également, la vie étudiante organisée par les associations autour de nombreux événements festifs, culturels et sportifs participe pleinement à l’ambiance et au dynamisme qui règnent à l’école. Ce qui a marqué mon parcours, ce sont les nombreux stages. Ils m’ont permis d’explorer différentes facettes du métier et de m’immerger dans le monde professionnel. J’ai ainsi pu intégrer des cabinets de géomètres-experts, des bureaux d’études spécialisés dans les ouvrages d’art et le patrimoine historique, ou encore de grandes firmes internationales. Ces expériences m’ont aidée à confronter mes attentes initiales avec la réalité du terrain et à affiner mes centres d’intérêt. Aujourd’hui, j’ai rejoint un bureau d’études en tant que chargée d’affaires. Spécialisée dans les activités 3D (lasergrammétrie, photogrammétrie), la topographie et l’auscultation d’ouvrages, mon rôle est d’assurer le suivi des projets et de participer à l’amélioration des protocoles internes tout en continuant à développer mon savoir-faire technique sur le terrain. Les enseignements de l’école m’accompagnent au quotidien. Ils m’ont apporté de la polyvalence, qui me permet de m’adapter et d’évoluer. Ils m’ont aussi appris à allier rigueur technique et ouverture d’esprit, deux qualités essentielles pour innover et intégrer les nouveaux outils qui transforment notre métier. J’ai d’ailleurs, à ce titre, passé mon brevet de télépilote de drone. Cette formation ne se limite pas à l’acquisition de compétences : elle façonne une manière de penser, une capacité à s’adapter et à évoluer dans un environnement en constante mutation.
 

Vincent Gerligand, diplômé ingénieur de l’ESGT en 2024
Vincent Gerligand, diplômé ingénieur de l’ESGT en 2024


Mon parcours de géomètre-topographe a débuté par un BTS Métiers du géomètre-topographe et de la modélisation numérique. L’envie d’aller plus loin et de mieux comprendre tous les phénomènes qui interviennent dans la mesure m’a ensuite poussé à intégrer le cycle ingénieur de l’ESGT. Cette formation m’a apporté de solides connaissances scientifiques grâce aux enseignements en optique, statistiques, mathématiques et dans de nombreuses autres disciplines techniques. Elle m’a également permis d’acquérir une bonne compréhension des aspects juridiques et réglementaires liés à la profession de géomètre. Au-delà de ces enseignements théoriques, les nombreux projets et travaux pratiques réalisés tout au long du cursus m’ont permis de développer une expérience concrète du terrain. J’ai ainsi pu découvrir et maîtriser de nombreux logiciels et outils spécialisés, et ainsi me familiariser avec une large gamme d’instruments utilisés en topographie et en métrologie. J’ai terminé cette formation par un travail de fin d’études au laboratoire européen pour la physique des particules (plus connu sous l’acronyme CERN), dans le domaine de la métrologie et de l’alignement d’accélérateurs de particules. Ce stage m’a permis de mettre à profit les enseignements reçus en topométrie de précision et en programmation afin de développer un processus automatisé de calibration de capteurs. Cette expérience a renforcé ma curiosité et mon intérêt pour les problématiques liées à la mesure de haute précision, et m’a donné envie de poursuivre ma carrière dans la recherche en métrologie. J’ai alors décidé de poursuivre l’aventure au CERN à travers une thèse consacrée au développement d’une stratégie d’alignement pour le Future Circular Collider (FCC), un projet d’accélérateur de particules de 91 km de circonférence. C’est à la fois une grande chance de contribuer à un projet d’une telle envergure, porteur d’enjeux majeurs pour la compréhension de la physique fondamentale et de notre univers, mais aussi une occasion unique de repousser les limites de la précision. Aujourd’hui, mon travail consiste à étudier la propagation des erreurs de mesure à très grande échelle et à développer des simulations permettant d’évaluer différentes stratégies d’alignement. Entre échanges quotidiens avec des experts de la métrologie et de l’alignement venus de toute l’Europe, recherche scientifique et développement d’outils numériques, cette thèse me permet d’évoluer dans un environnement international particulièrement stimulant. Ce parcours illustre la diversité des débouchés auxquels peut conduire la formation de géomètre-topographe. Beaucoup s’orientent vers le foncier, la topographie ou le génie civil. Pour ma part, il m’a mené vers la recherche en métrologie et l’alignement d’accélérateurs de particules, un domaine que je ne soupçonnais même pas en débutant mes études. Je travaille actuellement sur des problématiques où quelques dixièmes de millimètre peuvent avoir un impact à l’échelle de plusieurs dizaines de kilomètres. Ce qui me passionne particulièrement est de devoir sans cesse imaginer, développer et tester de nouvelles méthodes pour produire et analyser des résultats sur des problématiques encore inexplorées. Entre mesure de précision, modélisation, programmation et réflexion scientifique, cette aventure me permet de continuer à apprendre chaque jour tout en contribuant à un projet ambitieux qui pourrait façonner la physique des prochaines décennies. Pour finir, j’espère pouvoir poursuivre ma carrière dans la recherche après la thèse et continuer à contribuer à des projets scientifiques ambitieux dans le domaine de la métrologie de précision.