Le mastère spécialisé du Cnam-Enjmin fête ses 15 ans

Créé en 2011, le mastère spécialisé (MS) Designer d’expériences immersives, interactives et ludiques pour le jeu vidéo, la culture et la communication est dispensé en partenariat avec GOBELINS Paris. Il est par ailleurs accrédité par la Conférence des grandes écoles (CGE), dont les critères portent notamment sur l’approche pédagogique, l’ouverture internationale, le lien avec l’entreprise et l’accompagnement des étudiants. Le MS de l’École nationale du jeu et des médias interactifs numériques du Cnam (Enjmin) est une aventure dont le succès s’est avéré un pari réussi. Entretien avec Axel Buendia, directeur du Cnam-Enjmin.

Témoignages

À l'occasion des 15 ans du mastère spécialisé Designer d’expériences immersives, interactives et ludiques pour le jeu vidéo, la culture et la communication, nous vous proposons de découvrir les témoignages et expériences de quatre diplômés : Emmanuelle, Étienne, Mathilde et Lilian.

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© Vignette : AdobeStock.
Dans un secteur déjà en pleine croissance (expériences immersives, réalité virtuelle, application augmentée sur smartphone et jeux vidéo), il n'existait pas, il y a quinze ans, de formation de haut niveau permettant la convergence dans ces domaines. Précisément, le mastère spécialisé du Cnam-Enjmin, qui est également un titre professionnel de niveau 7 (bac+5), a tout de suite répondu à l’apparition de nouveaux besoins : le design et la réalisation de contenus originaux et attractifs ayant pour point commun l’immersif, l’interactif et le ludique. L’association avec GOBELINS Paris, école d'art formant au cinéma d'animation, à la photographie, à la vidéo, au motion design, au design graphique et interactif et au jeu vidéo, témoigne par ailleurs de la haute valeur ajoutée des profils formés par ce programme. 

Le mastère prépare donc des designers aptes à appréhender les réalisations numériques multisupport dans leur totalité en assumant des fonctions de création artistique : de la définition du concept à l’esquisse du produit ou service final. Outre la maîtrise technique et le goût de l’innovation, ces designers acquièrent aussi un sens pratique, une vision globale tenant compte des utilisateurs, des commanditaires, des besoins du marché, des enjeux de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), des imaginaires et des usages. Enfin, ces designers maîtrisent les spécificités des nouvelles écritures, des méthodes de production et des contenus liés à la communication et au loisir numérique. 

Les diplômés du mastère spécialisé Designer d’expériences immersives, interactives et ludiques pour le jeu vidéo, la culture et la communication peuvent prendre des responsabilités dans la conception d'un projet ou d'une gamme/ligne de projets. À leur compte ou dans un studio de jeu vidéo d'expérience immersive.  
 

Le Cnam-Enjmin


Le Cnam-Enjmin, école nationale du jeu et des médias interactifs numériques, est la grande école publique du jeu vidéo et du numérique. Située à Angoulême au sein du campus créatif Magelis, elle forme à tous les métiers du jeu vidéo et des professionnels appelés à rejoindre des studios déjà existants ou à créer le leur. Le Cnam-Enjmin est largement ouvert sur le monde via des partenariats internationaux avec des universités et des centres de recherche – parmi lesquels le Cologne Game Lab en Allemagne, l’École des arts numériques, de l’animation et du design de l’université du Québec ou The Animation Workshop au Danemark – et l’accueil d'étudiants étrangers. Depuis 2020, le Cnam-Enjmin est par ailleurs partenaire de l’école d’application de l’École polytechnique pour tous les métiers du jeu vidéo, qui apporte une formation de spécialisation, souvent professionnalisante, aux étudiants.
 

AXEL BUENDIA, DIRECTEUR DU CNAM-ENJMIN
3 QUESTIONS À AXEL BUENDIA, DIRECTEUR DU CNAM-ENJMIN

 

Quel bilan tirez-vous quinze ans après l’ouverture du mastère spécialisé Designer d’expériences immersives, interactives et ludiques pour le jeu vidéo, la culture et la communication ?


Déjà 15 ans… Je me rappelle cette première rentrée en 2012, dans le bâtiment des Gobelins proches de la place d’Italie, à Paris. Le pari était risqué, la formation s’adressait à des personnes ayant déjà une formation, voire une expérience professionnelle. Elle concernait des domaines très variés, avec un temps très limité pour caser tous les enseignements. Heureusement, très vite, la formation a su trouver son public, assez hétérogène, mais apportant une grande créativité ainsi qu’une grande ouverture d’esprit. Et cela a porté ses fruits… très rapidement ! Dès la première année, l’un des étudiants a signé un partenariat avec ARTE pour le jeu Type Rider*, le premier jeu édité par la chaîne, un franc succès éditorial. Depuis, ARTE est restée un partenaire proche du Cnam-Enjmin. Quelques années plus tard, une expérience transmédia avec France Télévisions autour de la série « Plus belle la vie » a permis de tester une interconnexion entre série télévisée et jeu en ligne. Avec le temps, la formation a su s’adapter. L’arrivée de la réalité virtuelle puis de la réalité augmentée, la complexité de la mise en œuvre de projets transmédias, nous ont amenés à faire évoluer le programme, tout en conservant cette agilité créatrice. Aujourd’hui, le diplôme a acquis une vitesse de croisière prometteuse, malgré un secteur difficile, touché en partie par la crise économique, ayant pour preuve le vidéo mapping interactif au musée des Arts et Métiers fin 2024 (https://enjmin-en.cnam.fr/video-mapping-evening-1547134.kjsp). L’entente avec les Gobelins reste soudée, et nous continuons à pourvoir ce secteur très créatif d’étudiants imaginatifs et compétents.
 
*Type Rider fait découvrir l'histoire de la typographie à travers ses polices de caractères les plus connues. En 2024, le jeu totalise 3 millions de joueurs.
 

Voyez-vous des pistes éventuelles d’amélioration du point de vue pédagogique, notamment en tenant compte des développements du secteur ?


Le secteur vidéoludique est perturbé, mais la demande en expériences immersives a le vent en poupe. De nombreuses expériences fleurissent dans les musées, mais également lors d’expositions ou d’événements. Les artistes français sont réputés pour leurs œuvres immersives et leur créativité. Je reste convaincu que les frontières entre l’interaction immersive et le tangible vont s’estomper. Des passerelles entre la bande dessinée (partenariat historique avec la Cité de la bande dessinée), le cinéma/les séries, le récit en général ou encore les réseaux sociaux vont se construire. La dimension interactive a déjà démontré qu’elle était devenue un ingrédient incontournable de nos loisirs. Or, le numérique offre aujourd’hui des possibilités intéressantes et inexploitées (ou peu exploitées), telles que des jouets numériques interactifs (hybrides entre le jeu vidéo et le jouet tangible), des chasses aux trésors en réalité mixte (les indices et les anecdotes peuvent être consultés lors de vraies balades), permettant de découvrir nos belles régions dans une ambiance ludique. Je sens que vous voulez que je parle aussi d’intelligence artificielle (l’éléphant dans la pièce). Le secteur du jeu vidéo a toujours su utiliser les technologies disponibles pour faire des jeux toujours plus intéressants, plus ambitieux, plus vastes. Les IA génératives* viennent rajouter de nouveaux outils, avec leurs lots de contraintes, de problèmes éthiques, écologiques, juridiques, mais elles demeurent de nouveaux outils technologiques. Il est donc essentiel de les appréhender, de les comprendre, et de décider en son âme et conscience si oui ou non, ou comment, elles peuvent être utiles à la création de nouvelles expériences.
 
*Type d'IA capable de créer de nouveaux contenus et idées, notamment des conversations, des histoires, des images, des vidéos et de la musique.
 

De fait, qu’est-ce qu’un bon designer en termes d'immersion, d'interactivité et de ludisme ?


La créativité vient en premier à mon avis. Mais qu’est-ce qui fait qu’une personne est créative ? Je dirais qu’elle doit être curieuse et ouverte, s’intéresser à de nombreux domaines différents, et pas uniquement liés au vidéoludique. Elle doit également être à l’écoute de son époque. Une œuvre culturelle doit en effet résonner avec son époque et son public. Elle doit en plus prendre le temps, c’est-à-dire s’aménager des moments dans la journée pour laisser son esprit consolider ses expériences et traiter ses problématiques... Il est essentiel de laisser son esprit travailler en toute liberté pour permettre l’émergence d’idées innovantes. Pas toujours facile, à l’ère de l’efficacité à tout-va. Second point, le designer doit s’intéresser aux utilisateurs. Là encore, nous restons dans l’air du temps, où tout est devenu récit et expérience utilisateur. Il est essentiel d’anticiper cette expérience, de comprendre les utilisateurs, leurs réactions, de les guider sans forcément qu’ils s’en rendent compte. Bref, rester aux commandes de l’expérience tout en étant à l’écoute de l’usager. Troisième point, ajouter une touche d’interactivité. De nombreuses personnes de l’immersif viennent du cinéma traditionnel. Or, même si le jeu vidéo s’est profondément inspiré des codes et règles du cinéma, il a su, depuis près de 50 ans, innover et créer ses propres règles, notamment en ce qui concerne l’interactivité, ingrédient qui le distingue vraiment des autres médias. Il est donc vital de maîtriser ces aspects essentiels à l’expérience. Enfin, le designer doit avoir une connaissance générale de la production. En effet, nulle expérience n’est réussie si elle ne peut être réalisée techniquement. La technique nous contraint, mais elle offre également de nouvelles perspectives créatives comme cela a souvent été le cas dans l’histoire de l’art. Elle doit pouvoir réaliser des prototypes rapidement, car le test reste le seul garant de la réussite. Et répéter, répéter, répéter, rapidement si possible. Voilà pourquoi nous avons créé ce diplôme... il y a 15 ans !