Le Mooc du Cnam « Énergie nucléaire : de la science à l'industrie » couronné d’un prix
Le Mooc « Énergie nucléaire : de la science à l'industrie » s’est vu décerné le 17 avril dernier le prix ambassadeur de la filière nucléaire lors de la troisième édition du Grand concours attractivité des métiers du nucléaire 2025. Un événement organisé par l'université des métiers du nucléaire et la délégation interministérielle au nouveau nucléaire. Le Mooc d’Emmanuelle Galichet, maître de conférences en sciences nucléaires au Cnam, s’est tenu d’octobre 2025 à janvier 2026 sur la plateforme Fun Mooc. Près de 4200 personnes s’y sont inscrites.
Le Grand concours 2025 s’est articulé autour de 7 catégories et d’un prix spécial : féminisation et mixité ; scolaires ; enseignement professionnel ; jeunes professionnels, personnes en recherche d’emploi et salariés en reconversion ; inclusion ; prescripteurs ; enseignement supérieur ; et le prix coup de cœur de la présidence du jury. Emmanuelle Galichet concourait dans la catégorie « prescripteurs » pour son Mooc, qui est une formation gratuite en ligne et ouverte à tous.
Un Mooc qui proposait de découvrir l’énergie nucléaire sous toutes ses facettes, des bases scientifiques aux applications industrielles. Conçu pour un large public curieux de comprendre le rôle du nucléaire dans la société, il a mis en lumière ses atouts, ses risques et ses perspectives d’avenir. Après un aperçu des enjeux énergétiques mondiaux, la formation en ligne a permis d’explorer les principes physiques de la radioactivité, des réactions nucléaires et de la fission. Un volet était également consacré au fonctionnement du système électronucléaire avec la fabrication du combustible, le réacteur et ses circuits, le recyclage et la gestion des déchets ultimes. Quant à la sûreté, pilier de la protection des populations et de l’environnement, elle a été traitée en profondeur. Enfin, le Mooc a ouvert une fenêtre sur l’innovation : petits réacteurs modulaires, réacteurs rapides à sels fondus ou à caloporteur métal, sans oublier les avancées vers la fusion nucléaire.
3 QUESTIONS À EMMANUELLE GALICHET, MAÎTRE DE CONFÉRENCES AU CNAM EN SCIENCES NUCLÉAIRES
Après avoir été honorée de l’ordre national du Mérite l’année dernière, votre Mooc est à son tour récompensé : dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Je suis évidemment très honorée par cette distinction. Ce prix récompense avant tout un travail collectif et une conviction profonde qui nous anime au Cnam : celle que la science doit être accessible à tous. Le nucléaire suscite beaucoup de débats, parfois des inquiétudes, et il me paraît essentiel d’apporter des connaissances rigoureuses, avec pédagogie, et qu’elles puissent être partagées au plus grand nombre. Après l’ordre national du Mérite, cette nouvelle reconnaissance autour du Mooc a une saveur particulière, car elle souligne l’importance de la transmission et de l’enseignement. Voir qu’un format numérique peut toucher un public très diversifié est extrêmement encourageant. Cela montre aussi qu’il existe aujourd’hui une réelle attente de compréhension des enjeux énergétiques dans le cadre du dérèglement climatique. Enfin, ce Mooc est un outil d’une puissance incroyable pour soutenir notre devise au Cnam : enseigner à tous et toutes partout sur les territoires. C’est notre ADN, et c’est bien que l’industrie le reconnaisse et le récompense.
C’était la première fois que vous proposiez un Mooc : quel bilan tirez-vous de cette expérience ?
Le bilan est très positif. Concevoir un Mooc représente un travail considérable : il faut penser à la fois au contenu scientifique, à la progression pédagogique et à la manière de rendre accessibles des sujets parfois complexes. Mais cette expérience a été passionnante. Nous, les enseignants, sommes souvent seuls devant notre feuille blanche pour réfléchir à un cours. Avec ce Mooc, au contraire, nous étions une équipe. J’ai choisi de bien m’entourer et de diversifier au maximum les intervenants et les approches. Cela a permis des échanges parfois difficiles, avec des points de vue différents, mais toujours extrêmement stimulants et constructifs. Ce qui m’a particulièrement marquée, c’est aussi la diversité des profils des apprenants : étudiants, professionnels en reconversion, enseignants, ou citoyens simplement curieux… Certains venaient d’univers très éloignés du monde scientifique et industriel. Beaucoup ont apprécié l’approche équilibrée du cours, qui abordait aussi bien les bases scientifiques que les atouts et les inconvénients de l’énergie nucléaire, les questions de sûreté des installations, de gestion des déchets radioactifs ou encore les innovations en cours. Le format en ligne permet également une grande liberté d’apprentissage et favorise des échanges particulièrement riches avec les apprenants. Cette première édition nous a confirmé qu’il existe une véritable attente de connaissances solides, nuancées et accessibles sur ces sujets. Cette première édition nous donne enfin envie d’aller encore plus loin pour les prochaines sessions, en enrichissant certains contenus et en développant davantage les interactions avec les apprenants. Ma conviction profonde est qu’il est possible de réconcilier la société avec la complexité scientifique, non pas en la simplifiant à l’excès, mais en la rendant accessible. Aujourd’hui, dans un monde où les débats techniques deviennent des enjeux de société majeurs, rendre la connaissance scientifique accessible n’est plus une option : c’est une responsabilité ! Et les Moocs font partie des outils pertinents qui doivent être soutenus.
Plus globalement, quelles sont les nouvelles du nucléaire, en particulier du nucléaire français, au moment où nous nous parlons ?
L’énergie nucléaire connaît aujourd’hui un regain d’intérêt important, en France comme à l’international. La question de la souveraineté énergétique, la nécessité de produire une électricité et une chaleur abondantes et les enjeux climatiques replacent cette énergie au cœur des débats. En France, plusieurs grands chantiers structurent l’actualité : la relance du programme nucléaire avec les futurs EPR2, la poursuite des travaux de prolongation du parc actuel, mais aussi le développement de nouvelles technologies comme les petits réacteurs modulaires (SMR et AMR). La recherche est également très active sur les réacteurs innovants et sur la fusion nucléaire. D’ailleurs, dans le cadre du Mooc, j’ai souhaité consacrer toute une semaine à ces nouveaux concepts de réacteurs. Nous avons organisé un direct quotidien avec les acteurs industriels impliqués dans ces projets, afin de permettre des échanges ouverts, une information directe et des débats de fond sur les perspectives technologiques et industrielles de la filière. Le secteur fait cependant face à des défis majeurs : maîtrise des coûts et des délais industriels, acceptabilité sociale, mais aussi et surtout renouvellement et transmission des savoir-faire dans la durée. Selon les études de la filière, les besoins de recrutement sont considérables : entre 10 000 et 15 000 personnes par an sur les dix prochaines années, dans tous les métiers, à tous les niveaux de qualification et sur l’ensemble du territoire. Pour les seuls ingénieurs, les besoins seraient d’au moins 4 000 recrutements par an, soit environ 10 % des diplômés ingénieurs chaque année. Cela montre bien que l’énergie nucléaire n’est pas seulement un enjeu technologique ou énergétique : c’est aussi un enjeu humain, industriel et éducatif. C’est précisément pour cela que la formation et la diffusion d’une culture scientifique exigeante sont essentielles aujourd’hui. Je pense qu’il est indispensable que les débats sur l’énergie reposent enfin sur une compréhension rigoureuse des contraintes physiques, des corrélations sous-jacentes et des incertitudes associées aux systèmes industriels. Je crois que nous sommes à un moment charnière où l’énergie nucléaire redevient un sujet stratégique majeur. Cela nécessite à la fois de l’expertise technique, de la transparence et un dialogue constant avec la société. Ce Mooc a été pensé et produit dans cet objectif.